Au-delà du genre : Hind Bensari et Sofia Alaoui veulent réinventer le 7e art marocain
FIFFS 2026 à Salé : Hind Bensari et Sofia Alaoui s'unissent pour bâtir un cinéma à l'identité marocaine affirmée. Au-delà de la discrimination positive, les deux réalisatrices appellent à lever les obstacles structurels entravant la création féminine. Entre documentaire réaliste et fiction empreinte de mystère, le 7e art national cherche sa structuration économique.

Réunies à Salé le mercredi 30 septembre 2026 lors de la 19e édition du Festival international du Film de Femmes, les réalisatrices Hind Bensari et Sofia Alaoui ont exposé leur vision du cinéma national. Entre démarche documentaire et création de fiction, les deux cinéastes appellent à dépasser la simple discrimination positive pour consolider une véritable industrie cinématographique dotée d’une touche marocaine et soutenir activement les créatrices.
Lors du « Dialogue des cinéastes » tenu le mercredi 30 septembre 2026 à Salé dans le cadre de la 19e édition du Festival international du Film de Femmes de Salé (FIFFS), les réalisatrices Hind Bensari et Sofia Alaoui ont croisé leurs parcours artistiques. Cette rencontre visait à poser les jalons d’une culture cinématographique structurée, capable de faire émerger une industrie forte dotée d’une identité marocaine affirmée. La rencontre visait également à ouvrir un débat de fond sur les obstacles réels qui entravent encore la création féminine au Maroc, en allant au-delà des seuls mécanismes de discrimination positive.
Des esthétiques singulières entre réalisme et atmosphères de mystère
Bien qu’évoluant dans des genres cinématographiques distincts, les deux réalisatrices ont partagé une analyse réciproque de leurs œuvres. S’arrêtant sur le travail de sa consœur, Hind Bensari a mis en relief la capacité de Sofia Alaoui à bâtir des univers singuliers et des atmosphères empreintes de mystère, qualifiant cette faculté de trait majeur de sa mise en scène. En retour, Sofia Alaoui a salué la démarche réaliste de Hind Bensari, soulignant la cohérence, l’équilibre et la recherche permanente de sens qui caractérisent son cinéma.
Cette divergence entre documentaire et fiction implique toutefois des contraintes de production spécifiques. Hind Bensari a rappelé que le film documentaire repose avant tout sur une relation de confiance intime avec les personnages. La réalisatrice a précisé que les imprévus de la réalité obligent fréquemment le documentariste à réorienter le projet initial. De son côté, Sofia Alaoui a expliqué que le cinéma de fiction affronte des contraintes financières rigides et une multiplicité d’intervenants, ce qui restreint la marge d’improvisation au moment du tournage et du montage.
L’affirmation d’une industrie à la fibre marocaine
Malgré des méthodes de travail différentes, un socle d’engagements communs réunit les deux cinéastes : l’attachement au Maroc et la volonté de développer une industrie nationale avec une fibre culturelle propre. Les discussions ont également porté sur la perception du Maroc à l’étranger et sur la diffusion internationale des œuvres nationales.
Les trajectoires respectives des deux intervenantes témoignent de cette ouverture internationale. La réalisatrice Hind Bensari s’est illustrée dans le genre documentaire, obtenant plusieurs récompenses internationales pour ses films We Could Be Heroes et Out of School. De son côté, Sofia Alaoui a remporté un succès international avec son court-métrage Qu’importe si les bêtes meurent puis son long-métrage Animalia, tout en poursuivant le développement de projets internationaux ancrés dans le patrimoine national, à l’image de son projet Tarfaya.
Maternité et création : un plaidoyer pour des fonds de soutien dédiés
Au-delà des questions esthétiques, la rencontre a abordé la condition spécifique des femmes travaillant dans le secteur cinématographique. Sofia Alaoui a notamment souligné la difficulté de concilier la maternité avec les exigences de la création artistique. Pour pallier cette contrainte, la réalisatrice a préconisé la mise en place de fonds de soutien ciblés afin d’aider les femmes cinéastes, en particulier les mères, à poursuivre leur parcours professionnel sans interruption.

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