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Atlas des entreprises publiques : L’État marocain assume son virage stratégique

Par Fayçal El Amrani


L’État marocain vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de réforme des entreprises publiques avec la publication d’un Atlas inédit consacré aux établissements et entreprises publics (EEP). Ce document, rendu public en juillet 2025 par l’Agence nationale en charge de la stratégie de l’État actionnaire (ANGSPE), constitue un tournant dans la manière dont le Maroc conçoit, gère et rend compte de ses participations stratégiques. Car derrière cette publication officielle, c’est toute une refondation silencieuse mais ambitieuse de l’action publique économique qui se dessine, portée par une vision moderne de la gouvernance et de la performance.

L’État marocain vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de réforme des entreprises publiques avec la publication d’un Atlas inédit consacré aux établissements et entreprises publics (EEP)

Depuis l’adoption de la loi-cadre 50.21 sur la réforme des EEP, entrée en vigueur en 2021, le Royaume s’est engagé dans une démarche résolument structurelle pour rationaliser le portefeuille public, renforcer la performance des entités et améliorer l’efficience des dépenses. L’Atlas 2023-2024 en est l’illustration la plus aboutie à ce jour. Il recense avec précision le périmètre des participations de l’État, leur évolution juridique, les montants injectés, les projets en cours de transformation et les indicateurs de suivi stratégique.

Parmi les données les plus marquantes, on note l’ampleur des dotations allouées à certains groupes clés au cours de l’exercice écoulé : plus de 5,3 milliards de dirhams ont été injectés dans l’ONEE, 3 milliards dans l’ONCF, 2 milliards pour la SMIT et environ un milliard chacun pour l’Agence Bouregreg, la SNRT et Royal Air Maroc. Ces montants illustrent une volonté affirmée de restructurer ces entités pour les adapter à un environnement en mutation rapide, tout en consolidant leur rôle dans les politiques publiques nationales.

Mais au-delà des chiffres, c’est une dynamique stratégique profonde qui est à l’œuvre. L’un des axes centraux de cette transformation est le basculement progressif des EEP vers le statut de sociétés anonymes. Cette mutation, déjà engagée pour des opérateurs structurants comme l’ONCF, l’ONDA, l’ONEE, l’ONHYM, la MAP, la SNRT ou Royal Air Maroc, n’est pas purement juridique. Elle répond à une volonté d’aligner ces structures sur des standards internationaux de gouvernance, de transparence financière et de redevabilité. En les sortant du cadre classique des établissements publics à gestion administrative, le Maroc cherche à leur donner une agilité nouvelle, sans pour autant renier leur vocation d’intérêt général. La logique qui prévaut est celle d’un État stratège, qui assume son rôle d’actionnaire en fixant des objectifs clairs, en contractualisant ses attentes et en évaluant régulièrement les résultats obtenus.

Le rapport met également en évidence les mécanismes de pilotage qui accompagnent cette réforme : signature de contrats d’objectifs et de performance, clarification des missions, rationalisation des filiales, suivi renforcé par les tutelles sectorielles et coordination centrale par l’ANGSPE. Ces instruments visent à éviter les dérives relevées dans le passé par la Cour des comptes ou par les commissions parlementaires, telles que la prolifération d’organismes redondants, les chevauchements de missions ou l’opacité dans l’utilisation des fonds publics. Désormais, chaque dirham investi est censé répondre à une logique d’impact mesurable, qu’il soit économique, social ou territorial.

Le Maroc, en adoptant cette nouvelle posture d’État actionnaire exigeant, transparent et stratégique, trace une voie originale au sein des économies émergentes

L’intérêt de cette publication réside également dans la transparence nouvelle qu’elle instaure. Pour la première fois, les citoyens, les chercheurs, les investisseurs ou les observateurs étrangers disposent d’un document public synthétique, vérifié et détaillé sur l’ensemble des entités publiques marocaines. Ce n’est pas une simple photographie comptable, mais un outil de connaissance, de suivi et d’aide à la décision. En cela, l’Atlas des EEP n’est pas seulement un outil administratif, c’est un marqueur politique. Il consacre une ère de normalisation et d’ouverture, où l’État assume pleinement son rôle d’actionnaire, sans pour autant devenir un acteur économique omniprésent ou interventionniste.

En toile de fond, cette réforme s’inscrit dans une ambition plus large : repositionner l’action publique autour de ses missions essentielles, tout en libérant de l’espace pour le secteur privé là où sa valeur ajoutée est avérée. La transformation des EEP ne vise donc pas leur disparition, ni leur privatisation massive, mais leur mise à niveau pour mieux répondre aux besoins d’un Maroc en pleine transition, qu’il s’agisse de l’infrastructure, de l’énergie, du transport, de l’aménagement du territoire ou de la culture. À l’approche de l’échéance de juillet 2026, fixée comme horizon pour le bouclage de cette transformation juridique et stratégique, l’enjeu est de maintenir le cap, d’accélérer les chantiers en retard et surtout de veiller à ce que la mutation juridique s’accompagne d’une réelle amélioration du service rendu au citoyen.

Le Maroc, en adoptant cette nouvelle posture d’État actionnaire exigeant, transparent et stratégique, trace une voie originale au sein des économies émergentes. Ni étatisme figé, ni libéralisme désincarné, mais une gouvernance responsable où l’intérêt général, la performance et la redevabilité ne sont plus des concepts antinomiques. C’est cette alchimie ambitieuse que l’Atlas des EEP vient consacrer.


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