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Argentine: un an sans Maradona

Rachid MAMOUNI


Les Argentins éprouvent du mal à oublier leur idole absolue, Diego Armando Maradona, un an après sa mort.

Son souvenir reste vivace à tous les coins de rue de Buenos Aires et d’ailleurs, au détour de conversations anodines et dans le coeur de ses compatriotes. Les circonstances de sa mort continuent d’agiter quotidiennement les sphères judiciaire et médiatique.

La star du football mondial s’était éteinte le 25 novembre 2020 à l’âge de 60 ans dans des circonstances obscures que la justice essaie d’éclairer, avec l’espoir que la désignation d’un coupable puisse un jour apaiser les âmes tourmentées de ses millions de fans.

Quatre générations d’Argentins ont vécu à l’unisson le quotidien de Madarona, comme s’il s’agissait d’un membre de la famille ou d’un ami proche.

La figure omniprésente de Maradona dans les médias, dans les rues et dans les moments de grande communion nationale a rendu difficile, voire impossible, que des Argentins veuillent bien se rendre à l’évidence : « El Diez » (Le Dix) n’est plus de ce monde.

« El Diego », comme on appelait affectueusement Maradona dans son pays natal, était plus qu’un footballeur. Dans un pays de fanatiques du football, le champion du monde au Mexique 1986 n’en finit pas de provoquer une passion débordante, inexplicable pour un non-argentin.

Pour tenter de démêler l’écheveau de cette passion, il faut savoir que depuis 1970, Maradona était présent dans les médias de son pays de manière continue et quotidienne.

Cette année-là, un programme populaire de la télévision argentine avait envoyé une caméra dans le quartier La Paternal de Buenos Aires pour rencontrer une jeune star de 10 ans dont tout le monde parlait et qui jouait pour le club Argentinos Juniors.

« Mes rêves sont au nombre de deux. Le premier est de jouer une Coupe du monde et le second est d’être champion du Monde ». C’était les premiers mots prononcés par Diego Maradona devant une caméra. Sa façon typique de caresser le ballon avaient immédiatement conquis les Argentins.

Quelques jours plus tard, il répétera sa prestation pendant 45 minutes dans les studios du Canal 13 de Buenos Aires lors d’une émission célèbre, un samedi matin.

Ainsi commença le mythe de l’enfant prodige au pied gauche magique, qui semblait avoir la balle magnétisée à son pieds.

A partir de ce moment, « El Diez » cessera d’avoir une vie privée. Une réalité qui allait s’accentuer au fil des années et finira par causer sa perte, selon certains. « El Diego » appartenait définitivement à tout le monde.

Dans l’imaginaire populaire, Maradona était perçu comme un personnage de mythologie grecque. Son sens inné de la solidarité et de la famille a fini par compléter cette image d’idole populaire. Un légende était née.

Dans son quartier de Villa Fiorito, au sud du Grand Buenos Aires, Maradona vivait avec ses parents et ses 7 frères et sœurs (5 filles et 2 garçons), dans une maison humble où le salaire d’ouvrier industriel de son père, « Don Diego », ne suffisait pas à couvrir tous les besoins de la famille.

En bonne ménagère, « Doña Tota », sa mère, parvenait malgré l’adversité à nourrir ses enfants et à maintenir vive la flamme de l’espoir dans les yeux de Diego Junior.

Maradona a toujours parlé de ses origines et des difficultés économiques de sa famille, ainsi que de la gratitude et de l’amour qu’il avait pour ses parents : « Je suis fier de mes parents, qui m’ont toujours donné l’opportunité de jouer au football, malgré toutes les difficultés du monde. (…) la seule chose qui compte, c’est la famille », répétait-il jusqu’à la satiété.

Cette proximité avec les gens et sa spontanéité débordante, Maradona les emmenait partout. Les Marocains l’ont ressenti le jour où il déclara en marge d’un match de Gala à Laayoune : « J’aime le Maroc. Vive le Roi, Vive le Maroc, Vive le Sahara ».

Les détails de sa vie ont été suivis quotidiennement par tout un pays, qui rêvait du maître des stades qu’il était devenu, avec une première Coupe du monde de football des jeunes en 1979 au Japon, puis la Coupe du monde de football en 1986 au Mexique.

La vie de Maradona était devenue la synthèse la plus complète de l’idiosyncrasie argentine. Il était capable de se sentir sur la cime un jour et au creux de la vague, le jour suivant.

A juste titre, disait de lui le journaliste uruguayen Víctor Hugo Morales au moment de marquer son but légendaire contre l’Angleterre en finale de Mexico 86 : « Cerf-volant cosmique, de quelle planète viens-tu ? », après avoir parcouru tout le terrain sans qu’aucun joueur anglais ne puisse l’arrêter.

Même si certains Argentins en doutent, Maradona était un être humain, mais un être humain doté de dons extraordinaires, non seulement pour le football, mais aussi en tant que personnalité publique. Ses déclarations sont disséquées et ses phrases spontanées font l’objet d’études académiques sérieuses dans les universités argentines comme un patrimoine populaire argentin.

Mais le 25 novembre 2020, le temps a suspendu son envol en Argentine au même moment où le cœur de Maradona avait cessé de battre.

Le choc a été tel que des journalistes ont refusé de donner la nouvelle sur les ondes de la radio ou à la télévision.

Pendant un instant, personne n’a eu le courage d’annoncer la nouvelle aux Argentins. Et puis le pays est entré en détresse collective en pleine pandémie.

Même après sa mort, « El Diez » continue d’occuper la scène médiatique. Tantôt les querelles familiales pour son héritage où les péripéties du procès des dernières personnes qui l’on accompagné pendant les derniers jours de sa vie. Au total, ce sont sept personnes qui sont inculpées pour négligence ayant causé la mort de Maradona. Mais dans la mémoire collective des Argentins, « El Diez » est éternel.


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