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    Par:  

    NAJIB BENSBIA

  • 15 septembre 2021  à 18:42
  • Temps de lecture: 6 minutes
  • CHRONIQUESAprès les résultats mirobolants des élections du 8 septembre 2021: Quelle majorité face à quelle opposition ?

    Après les résultats mirobolants des élections du 8 septembre 2021: Quelle majorité face à quelle opposition ?

    Le Maroc politique est confronté à une véritable problématique dictée par la physionomie arithmétique des résultats du double scrutin, communal et législatif, du 8 septembre 2021. En effet, les différentes configurations qui se présentent au RNI, parti aujourd’hui majoritaire devant conduire le gouvernement 2021-2026, du moins au plan théorique, ne sont pas si évidentes qu’elles peuvent le paraitre.

    Car, si on suit une logique formelle, l’évidence serait que le Rassemblement National des Indépendants s’allie au PAM et au Parti de Istiqlal pour former un gouvernement disposant d’une majorité confortable. Mais est-ce raisonnable – bien qu’en politique la raison est l’idéal le moins partagé par les acteurs – de faire ce choix ? 
    RNI et PAM, inconciliables ?
    Cette interrogation s’appuie sur un raisonnement par le bon sens. Si telle est la coalition que choisirait le Chef de gouvernement nommé par le roi, le jeu politique serait vicié car, en face, il n’y aurait plus aucune opposition digne de ce nom. Nous vivrions alors sur une parodie de gouvernance, le tout étant joué d’avance. La logique, le bon sens et l’équilibre de pouvoirs, tel que prévu par la constitution de 2011, devraient militer pour un réel contrebalancement de la majorité par une opposition forte, numériquement et qualitativement, afin que les citoyens puissent espérer un contrôle plus sain de la Chambre des Représentants qui, au plan normatif, est la seule qui vote la confiance au gouvernement.Or, les spéculations qui vont bon train font avancer les pions d’un échiquier dont les pièces renferment en eux-mêmes les ingrédients de son implosion, tant la vision claire d’un Maroc du progrès et de la bonne gouvernance manque aux supposées coalitions qui peuvent conforter le nouveau gouvernement et le prémunir contre tout velléité d’opposition trouble-fête. 
    Il est cependant alerte, pour que le pays ne sombre pas dans des calculs politiciens, de tenir compte des identités politiques en présence, pour éviter d’enclencher les leviers déstabilisants qui viendraient de l’intérieur de cette configuration primaire. En effet, à supposer que le RNI veuille hypothétiquement s’allier au PAM, celui-ci est le seul parti en qui le Rassemblement ne peut faire confiance.
    D’abord en raison de la personnalité conflictuelle de son Secrétaire général, qui voue une animosité à nulle autre pareille au directoire du RNI. En témoignent toutes les déclarations faites avant et après l’annonce des résultats électoraux. Ensuite, bien que le RNI et le PAM soient les enfants du même système de dominance de dernier ressort, ils ne peuvent partager des référents organiques synchroniques, parce que leurs membres ne puisent pas leur référentiel d’a prioris homogènes. Il faut noter, enfin, que le RNI est un centre-droite tranquille, alors que le PAM est l’enfant turbulent du système idéologique auxquels les deux partis doivent faire, malgré tout, référence. 
    Il ne faut pas l’oublier en la circonstance, ces deux partis sont nés sous les auspices de l’Etat commandeur. A la faveur du Printemps arabe, le PAM a voulu donner l’impression qu’il s’autonomise, en cherchant à se donner une virginité politique qui lui permettrait de ‘’convaincre’’ les démocrates de ce pays quant-à sa nouvelle orientation fondée sur les valeurs d’une véritable démocratie par le bas. Peine perdue car, chassez le naturel, il revient au galop. Ce naturel est le système de valeurs originaire qui lui permet encore de subsister.
    Par ailleurs, les ‘’cadres’’ du RNI ne peuvent s’identifier à ceux du PAM, pour la simple raison que leurs origines sont différentes, leurs positions sociales sont adverses et leurs aspirations politiques ne peuvent coïncider, les uns opportunistes à l’excès, les autres évoluant en bon enfant du système de valeurs coiffant l’Etat depuis l’aube de l’indépendance.Face à cette dichotomie organique, lier le devenir gouvernemental du RNI à la main du PAM serait pour le moins aventurier, pour ne pas dire suicidaire, tant le patron de ce dernier ne peut se satisfaire du leadership du premier. Bonjour les dégâts à terme ou, dans le plus optimiste des cas, à moyen terme !
    Quelle coalition viable ?
    La logique politique, si tant nos gouvernants veuillent s’en inspirer, devrait orienter la formation du nouveau gouvernement vers 5 partenaires au passé gouvernemental reconnu, à savoir une équipe soudée autour du RNI et composée du Parti de l’Istiqlal, de l’USFP, du Mouvement Populaire et du PPS. Ce qui donnerait une majorité bien aisée de 268 députés. Sans être un gouvernement ramassé (au vu des contraintes budgétaires et de la crise économique et financière qui plombe l’économie nationale), cette équipe serait moins pléthorique que tous les gouvernements qu’a connus le Maroc depuis 1963.
    Le PAM serait ainsi bien dans les rangs de l’opposition, ce qui permettrait au Maroc d’éviter les impondérables d’une coalition dynamite, comme celle prônée par certaines augures de la majorité fiable à tout prix. D’autant que dans cette configuration, le parlement marocain aurait une opposition assez forte (même si le PJD ne pèse désormais pas lourd en son sein) pour sauvegarder un équilibre des pouvoirs qui protégerait contre une crise institutionnelle, qui pourrait souffler l’ensemble de l’ossature politique sur laquelle peut se fonder le gouvernement issu des élections du 8 septembre 2021.
    Dans tous les cas de figures envisageables, il est important de souligner ici que le Maroc politique n’a rien à gagner à avoir une opposition peau de chagrin, constituée de petits partis qui n’ont, en fait, pas leur place dans le système multipartite national. Il est d’évidence que le devenir du Maroc est lié aux équilibres institutionnels et politiques ancrant la ‘’démocratie parlementaire’’ marocaine sur des bases saines. La première de ces bases et l’existence d’une opposition à même d’interpeller le gouvernement, d’exercer un contrôle efficient sur ses actions, de demander des comptes aux ministres fluctuants et, surtout, de s’assurer que le ‘’nouveau modèle de développement’’ ne parte pas dans toutes les directions, ce qui le viderait de sa substance ainsi que de ses objectifs déclarés.

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