Animaux errants : une loi qui inquiète les Marocains solidaires
Jusqu’à 3 000 DH d’amende pour nourrir un animal errant
Par Yassine Andaloussi
Le projet de loi n°19.25, récemment transmis au Parlement marocain après avoir été adopté en Conseil de gouvernement le 10 juillet 2025, suscite une vive controverse au sein de l’opinion publique. Conçu pour encadrer la gestion des animaux errants et lutter contre leur prolifération dans les espaces publics, ce texte introduit des mesures coercitives qui inquiètent les citoyens et les associations de protection animale. L’article 5 de ce projet interdit formellement de nourrir, soigner ou héberger un animal errant, y compris dans une copropriété privée. Une infraction à cette disposition expose les contrevenants à une amende de 1 500 à 3 000 dirhams.
L’objectif affiché est de protéger la santé publique, de réduire les risques d’agressions, et de réguler la multiplication anarchique de chiens et chats errants dans les villes et villages marocains. Cependant, le projet semble, pour beaucoup, frapper les mauvaises cibles. En criminalisant les gestes de compassion de nombreux bénévoles et habitants, le texte fait l’objet d’un rejet croissant. De nombreux Marocains, souvent livrés à eux-mêmes face à l’absence de refuges ou de politiques publiques robustes, considèrent ces gestes solidaires comme un dernier recours pour soulager la souffrance animale.
Les associations de défense des animaux dénoncent, quant à elles, une inversion des responsabilités. Plutôt que de développer des infrastructures de prise en charge ou d’investir dans des campagnes de stérilisation, le gouvernement choisit de punir les citoyens qui agissent là où l’État est défaillant. Le projet prévoit bien la création de centres spécialisés et un système d’identification numérique pour les animaux domestiques, mais sans engagement clair sur les moyens, les délais ni le budget alloué.
Plus grave encore, certains articles introduisent des sanctions allant jusqu’à six mois de prison en cas de maltraitance, ou des amendes de 20 000 dirhams pour abandon. Si l’intention est louable, le déséquilibre entre la sévérité des sanctions et la faiblesse de l’encadrement institutionnel risque d’accentuer les tensions et de fragiliser la cohésion sociale autour de ce sujet sensible.
En voulant résoudre un problème réel par une approche essentiellement punitive, le gouvernement risque de marginaliser les acteurs de terrain les plus impliqués. Une loi sur les animaux errants mérite une vision plus inclusive, fondée sur la coopération entre autorités locales, vétérinaires, associations et citoyens. Plutôt que de criminaliser les gestes de solidarité, l’État gagnerait à en faire un levier d’action, encadré mais encouragé, au service d’une politique animale responsable et humaine.
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