Amir Al Mouminine, bâtisseur d’un islam du juste milieu

Par Yassine Andaloussi
L’islam, dans son essence profonde, est une religion du juste milieu, fondée sur l’équilibre, la sagesse et la mesure. Le statut d’Amir Al Mouminine, porté par Sa Majesté le Roi du Maroc, incarne et défend cette voie médiane face aux dérives extrémistes et aux manipulations idéologiques, tant à l’échelle nationale qu’internationale.
À l’occasion de la Fête du Trône, il devient essentiel de rendre hommage à une dimension fondamentale mais souvent peu médiatisée du règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En tant qu’Amir Al Mouminine, Commandeur des Croyants, le Souverain a donné au Maroc une stature particulière dans l’espace musulman contemporain. Il ne s’agit pas uniquement d’une fonction spirituelle nationale, mais bien d’un levier stratégique de dialogue, de stabilité et de rayonnement dans un monde musulman traversé par des fractures, des extrémismes et des crises d’autorité doctrinale.
La spécificité marocaine repose sur une tradition islamique enracinée dans le rite malikite, la doctrine ach’arite et une spiritualité soufie tolérante et profondément ancrée dans l’histoire. Ce triptyque a permis au Maroc de construire un islam équilibré, serein et résolument étranger aux dérives littéralistes ou politisées qui menacent la cohésion des sociétés musulmanes dans plusieurs régions. Sous l’impulsion du Roi, cette vision n’est plus confinée au cadre national. Elle s’est transformée en outil de diplomatie religieuse, en plateforme de coopération, en réponse concrète à l’aspiration des peuples à un islam de paix, de connaissance et de respect.
Dialogue religieux avec l’Afrique
En Afrique subsaharienne, le Maroc a su tisser des liens solides avec les confréries, les écoles religieuses et les communautés musulmanes locales. Cette relation n’est ni descendante ni paternaliste. Elle repose sur un respect mutuel et sur la conscience partagée que l’avenir de l’Afrique musulmane dépend de la consolidation d’un islam enraciné, stable, préservé des influences exogènes destructrices. L’Institut Mohammed VI pour la formation des imams africains, basé à Rabat, incarne cette volonté d’offrir une réponse structurée, pédagogique et adaptée aux besoins spirituels du continent. Ce centre de formation devient, année après année, un carrefour panafricain de réflexion religieuse où convergent les attentes de plusieurs pays en quête d’imams formés, compétents et porteurs d’un message de paix.
Leadership modéré au Moyen-Orient
Le rôle du Maroc ne se limite pas à l’Afrique. Dans un Moyen-Orient déchiré entre rivalités géopolitiques et tensions confessionnelles, la voix de Rabat se distingue par sa sagesse, sa neutralité et sa constance. Le Royaume refuse d’entrer dans les logiques d’exportation idéologique qui opposent chiisme politique et salafisme expansionniste. Il propose au contraire une voie médiane fondée sur la jurisprudence classique, l’éthique spirituelle et l’adaptation aux réalités contemporaines. Ce positionnement permet au Roi Mohammed VI de jouer un rôle d’apaisement, parfois discret mais toujours respecté, dans des conflits où l’autorité religieuse manque souvent de légitimité ou d’indépendance.
Ce positionnement suscite également un intérêt mêlé de respect et d’envie de la part de certains régimes qui ont tenté de fusionner pouvoir politique et autorité religieuse sans parvenir à l’équilibre atteint par la monarchie marocaine. C’est notamment le cas du régime des mollahs en Iran et de la structure des Gardiens de la révolution, dont l’aspiration à incarner un leadership spirituel islamique universel se heurte à des limites internes et externes. Ces acteurs observent avec attention le modèle marocain, capable de conjuguer stabilité, continuité et légitimité populaire dans sa gestion du religieux. Parallèlement, un tournant diplomatique est perceptible dans la région. Le président iranien a récemment affiché une volonté de rapprochement avec les pays sunnites, ce qui s’est concrétisé par la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite. Cette évolution souligne que même les États fondés sur une idéologie religieuse exclusive finissent par reconnaître la nécessité d’un dialogue interconfessionnel constructif, là où le Maroc, fort de son modèle apaisé, agit depuis des années.
Pont spirituel avec l’Europe
Le Maroc ne cherche pas à concurrencer d’autres pôles religieux historiques. Il ne revendique pas un leadership exclusif mais propose un modèle. Ce modèle repose sur la clarté de la gouvernance religieuse, sur l’encadrement institutionnel du culte et sur l’autonomie des autorités théologiques vis-à-vis des agendas politiques étrangers. C’est ce qui rend la parole d’Amir Al Mouminine audible et crédible, notamment auprès de nombreux intellectuels, imams et décideurs musulmans en quête d’alternatives face aux impasses idéologiques de leur environnement immédiat.
En Europe, la présence de millions de citoyens de culture musulmane pose de nouveaux défis. Entre stigmatisation, replis identitaires et radicalisations, les sociétés européennes se débattent avec des fractures profondes. Le Maroc, en tant que pays d’origine de nombreuses diasporas, a choisi de contribuer de manière constructive à cette réflexion. Plusieurs accords ont été signés avec des pays partenaires pour encadrer la formation des cadres religieux, pour diffuser un islam de paix et pour prévenir les dérives radicales. Cette action ne se veut pas intrusive mais solidaire. Elle consiste à accompagner, à conseiller et à proposer un référentiel cohérent, qui concilie spiritualité, citoyenneté et respect de l’État de droit.
Ce rayonnement pacifique ne repose pas uniquement sur des déclarations symboliques ou sur des initiatives ponctuelles. Il est structuré, méthodique, et adossé à des institutions pérennes. Le Conseil supérieur des Oulémas, présidé par Sa Majesté, constitue une instance de régulation religieuse unique dans le monde musulman. Il veille à l’unité du discours religieux, à la cohérence des fatwas, et à la promotion d’un islam centré sur la miséricorde, la dignité humaine et le vivre-ensemble. Le rôle du ministère des Habous et des affaires islamiques, l’encadrement des prédicateurs, ainsi que les programmes de formation des imams au Maroc et à l’étranger, complètent cette architecture en profondeur.
Cette diplomatie religieuse contribue à la politique africaine du Royaume, articulée autour de la solidarité Sud-Sud. Elle sert aussi de socle à une coopération bilatérale durable avec des pays comme le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Tchad ou encore la Guinée. Dans chacun de ces pays, l’image du Maroc est associée à un islam protecteur, rassurant, et respectueux des spécificités locales. De nombreux chefs religieux africains, influents au sein de leurs sociétés, considèrent aujourd’hui le Maroc comme un appui spirituel et un partenaire de confiance.
Maintenir l’équilibre religieux national
En cette Fête du Trône, il convient de reconnaître que le titre d’Amir Al Mouminine n’est pas seulement un héritage historique. Il est, sous le règne de Mohammed VI, une fonction vivante, active, tournée vers l’avenir. Son maintien est non seulement légitime, il est fondamental pour préserver l’équilibre religieux et social du Royaume. Dans un contexte où les sociétés musulmanes sont traversées par des vents de confusion et d’instabilité, cette fonction régulatrice constitue un rempart contre la radicalisation, une garantie de cohésion nationale, et une source de stabilité régionale. Elle protège la foi de toute instrumentalisation et garantit au peuple marocain un islam du juste milieu, en harmonie avec son identité et son histoire.
Ce rôle singulier, le Maroc en fait une fierté nationale et un engagement partagé avec ses partenaires africains, arabes et européens. À l’image de son Roi, le Royaume choisit la modération comme force. La fidélité aux valeurs spirituelles comme boussole. Et le respect de l’autre comme fondement de toute coopération durable. Dans un monde incertain, cette vision est non seulement utile, elle devient essentielle.

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