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Ali Fassi Fihri, un homme d’État au service des grands chantiers du Royaume

Avec la disparition d’Ali Fassi Fihri, le Maroc perd l’une des figures les plus respectées de son administration stratégique moderne. Ancien directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, ancien président de la Fédération royale marocaine de football, ancien président du conseil de surveillance de MASEN et président du conseil d’administration de LafargeHolcim Maroc, il aura traversé plusieurs décennies de transformation du Royaume dans des secteurs directement liés aux équilibres énergétiques, hydriques et industriels du pays.

Par Kenza El Mdaghri


Décédé dimanche 10 mai à l’âge de 71 ans, Ali Fassi Fihri laisse derrière lui le parcours d’un homme profondément attaché au service public, à la continuité institutionnelle et aux grands projets structurants du Maroc. Les hommages qui lui ont été rendus ces derniers jours évoquent unanimement un dirigeant discret, rigoureux et respecté, davantage tourné vers l’efficacité des chantiers que vers l’exposition médiatique.

Sa disparition a suscité une vive émotion tant Ali Fassi Fihri demeurait associé à plusieurs grandes étapes de la transformation du Royaume. Il restait une figure respectée pour son expérience, sa discrétion et sa connaissance des grands dossiers.

Né le 22 février 1955 à Kénitra, il grandit à Rabat où il obtient son baccalauréat au lycée Descartes avant de poursuivre des études supérieures scientifiques en France, couronnées par un doctorat en énergétique entre Paris VII et Aix-Marseille III. Très tôt, il s’oriente vers les questions liées à l’énergie, aux infrastructures et aux politiques publiques, dans une période où le Maroc engage progressivement la modernisation de ses grands établissements.

Fils du diplomate Mohamed El Habib Fassi Fihri et frère de Taïeb Fassi Fihri, conseiller de SM le Roi Mohammed VI et ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Fassi Fihri évoluait dans un environnement fortement marqué par les enjeux institutionnels du Royaume. Son épouse, Yasmina Baddou, ancienne ministre de la Santé, appartient elle aussi à cette génération d’acteurs publics ayant accompagné plusieurs grandes réformes nationales.

Sa carrière épouse pratiquement les grandes mutations du secteur énergétique marocain. Après un passage par le Centre de développement des énergies renouvelables, il rejoint l’Office national de l’électricité où il participe à plusieurs projets majeurs qui marqueront durablement le paysage énergétique du Royaume. Parmi eux figurent notamment le projet de Jorf Lasfar, le développement du parc éolien de Koudia Al Baïda ainsi que le Programme d’électrification rurale généralisée, considéré comme l’un des grands chantiers sociaux et territoriaux du Maroc moderne.

Ces projets ont accompagné une période décisive durant laquelle le Maroc renforçait progressivement ses infrastructures tout en préparant les bases de sa future transition énergétique.

Cette période correspond à un moment où le Royaume cherche à renforcer sa souveraineté énergétique tout en modernisant ses infrastructures nationales. Ali Fassi Fihri fait alors partie des responsables qui accompagnent cette montée en puissance progressive des grands opérateurs publics marocains dans un contexte marqué par l’augmentation rapide des besoins énergétiques et les premières réflexions stratégiques autour des énergies renouvelables.

En février 2001, il est nommé directeur général de l’Office national de l’eau potable avant de prendre également la tête de l’Office national d’électricité. Il pilote ensuite, en 2011, la fusion historique entre les deux établissements au sein de l’ONEE, dans une période particulièrement sensible marquée par les tensions sur les ressources hydriques, l’augmentation de la demande énergétique et l’accélération des investissements publics dans les infrastructures.

Sous sa direction, l’ONEE devient l’un des piliers des équilibres techniques du Royaume. Le Maroc avançait alors simultanément sur plusieurs priorités : sécurisation de l’approvisionnement électrique, extension des réseaux, généralisation de l’accès à l’eau potable dans le monde rural, modernisation des infrastructures hydrauliques et préparation des futurs grands programmes solaires et éoliens.

Son nom reste également associé aux premières grandes étapes de la transition énergétique nationale portée sous l’impulsion royale. Il présidera notamment le conseil de surveillance de MASEN à une période où le Maroc commençait à imposer son positionnement international dans le solaire et les énergies propres.

Sur le plan international, Ali Fassi Fihri occupait également plusieurs fonctions importantes liées à l’eau et à l’énergie. Élu président de l’Union africaine de l’eau en février 2016 à Nairobi, il avait auparavant présidé le Comité maghrébin de l’électricité entre 2013 et 2015 ainsi que le Congrès mondial de l’International Water Association organisé à Marrakech en 2004. Cette présence traduisait aussi la montée en puissance du Maroc dans les débats africains liés aux ressources stratégiques, aux infrastructures et au développement durable.

Il avait également été décoré Chevalier de l’Ordre du Trône en 1998 puis Officier du même ordre en 2006, en reconnaissance de son engagement au service des grandes institutions publiques marocaines.

Son passage à la tête de la Fédération royale marocaine de football entre 2009 et 2014 reste lui aussi associé à une phase importante de transition pour le football national. Plusieurs observateurs considèrent aujourd’hui cette période comme une étape ayant préparé les transformations institutionnelles et structurelles engagées ensuite au sein de la FRMF.

Après son départ de l’ONEE en 2017, il poursuit son activité dans plusieurs groupes majeurs, notamment à LafargeHolcim Maroc dont il prend la présidence du conseil d’administration en 2019, confirmant ainsi sa présence durable dans les grandes sphères économiques et industrielles du pays.

Au-delà des fonctions occupées, Ali Fassi Fihri incarnait pour beaucoup une certaine idée du service de l’État, fondée sur la discrétion, la loyauté institutionnelle, la rigueur et l’attachement profond à l’intérêt national. Plusieurs responsables et observateurs évoquent également un homme attaché au travail de fond, à la stabilité des institutions et à une culture de responsabilité héritée d’une génération de grands serviteurs de l’État ayant accompagné les transformations du Maroc dans la durée.

Des valeurs qui expliquent aussi les relations de respect qu’il entretenait avec plusieurs figures marocaines, parmi lesquelles Abdellah El Amrani, fondateur de l’hebdomadaire La Vérité. Les deux hommes partageaient des principes forts, une même fidélité à leurs convictions et surtout un attachement sincère au Maroc, chacun dans son domaine. L’un à travers le journalisme et la défense d’une presse engagée dans les grands débats nationaux, l’autre à travers les infrastructures, l’énergie et les grands établissements publics. Ceux qui les ont connus évoquent une relation construite sur l’estime mutuelle, le sens du devoir et une certaine idée du patriotisme discret, loin des postures et des effets de communication.

Sa disparition intervient dans un contexte où les enjeux liés à l’eau, à l’énergie, au dessalement, à la souveraineté industrielle et aux infrastructures occupent une place centrale dans les priorités nationales. Les secteurs qu’il a dirigés se trouvent aujourd’hui au cœur des nouvelles ambitions marocaines liées à la transition énergétique, à l’hydrogène vert et à la sécurisation des ressources.

Son départ laisse le souvenir d’un responsable qui aura consacré l’essentiel de sa vie professionnelle aux grandes infrastructures du pays, à une époque où le Maroc redessinait ses équilibres énergétiques, hydriques et industriels. Pour plusieurs générations d’acteurs publics, économiques et médiatiques, Ali Fassi Fihri représentait aussi une manière d’exercer les responsabilités publiques avec retenue, constance et sens de l’État.

L’histoire retiendra surtout qu’Ali Fassi Fihri aura accompagné plusieurs décennies de transformation du Royaume, depuis les grands programmes d’électrification et d’accès à l’eau jusqu’aux premiers grands équilibres de la transition énergétique marocaine.


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