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Al-Sissi propose une force militaire arabe conjointe inspirée de l’OTAN

Par Yassine Andaloussi


Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a récemment relancé l’idée de créer une force militaire arabe conjointe inspirée du modèle de l’OTAN. Cette initiative vise à renforcer la défense collective des États arabes et à permettre une intervention rapide en cas d’agression contre un pays membre. La proposition a été ravivée en 2025 suite à une frappe israélienne sur le territoire qatari, mettant en évidence la vulnérabilité des pays arabes face aux menaces extérieures et soulignant la nécessité d’une coopération militaire régionale plus solide.

La structure envisagée prévoit que la force soit dirigée par le chef d’état-major égyptien avec un adjoint saoudien. Un conseil de commandement composé des États participants coordonnerait les opérations. L’Égypte fournirait la contribution la plus importante avec environ 20 000 soldats, tandis que chaque pays membre apporterait un contingent et des moyens logistiques adaptés à ses capacités. L’objectif est de créer une force capable d’intervenir rapidement par des déploiements terrestres, aériens ou navals afin de protéger les intérêts communs et de dissuader toute attaque contre les États arabes.

La concrétisation de ce projet se heurte à plusieurs défis majeurs. Les divergences politiques et stratégiques entre les pays arabes pourraient compliquer la définition d’une stratégie commune. Les priorités de sécurité varient. L’Égypte se concentre sur la Libye et le Soudan tandis que les monarchies du Golfe sont davantage préoccupées par l’Iran et la sécurité interne. Ces différences risquent de ralentir la coordination et de créer des tensions sur le terrain.

Le manque de mécanismes institutionnels solides constitue un obstacle important. Les structures existantes au sein de la Ligue arabe telles que le Conseil de défense commune se sont montrées inefficaces par le passé, paralysées par des processus décisionnels longs et consensuels. La création d’une force opérationnelle nécessite des réformes profondes et une volonté politique forte de tous les membres.

La dépendance historique des pays arabes vis-à-vis des puissances extérieures peut limiter l’autonomie de cette coalition. Réduire cette dépendance exige d’importants investissements en formation, en équipement et en financement sans lesquels la force resterait fragile et symbolique.

Les défis logistiques et opérationnels sont également considérables. La coordination de troupes provenant de différents pays implique la standardisation des équipements, la formation commune et la mise en place de systèmes de communication interopérables. Les exercices militaires conjoints menés par certains pays arabes montrent que même avec des partenaires proches la mise en œuvre opérationnelle est complexe et exigeante.

Les obstacles géopolitiques régionaux peuvent aussi entraver l’efficacité de la force. Les rivalités historiques comme celles entre l’Égypte et le Qatar ou entre l’Arabie saoudite et l’Iran risquent de peser sur la coopération. Certaines alliances existantes avec des puissances extérieures pourraient être perçues comme concurrentes et limiter la cohésion et la crédibilité de la coalition.

Malgré ces défis, la proposition de Sissi illustre une volonté de renforcer l’autonomie stratégique du monde arabe et de créer une réponse collective aux menaces régionales. La réussite de ce projet dépend de la capacité des États membres à dépasser leurs divisions, à investir dans les infrastructures nécessaires et à établir une coopération militaire réelle et durable. Sans un engagement politique clair et une coordination efficace, cette force pourrait rester une aspiration plutôt qu’une réalité tangible sur le terrain.


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