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Akhannouch face à la réalité territoriale

Déni et stratégie électorale

Par Yassine Andaloussi


Devant la Chambre des représentants, Aziz Akhannouch a affirmé qu’il n’existe « aucune région du Maroc où le développement n’est pas présent ». Une déclaration aussi catégorique que déroutante, surtout lorsqu’on la confronte aux discours répétés de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a exprimé son mécontentement face aux déséquilibres persistants entre les territoires du Royaume. Dans son dernier discours du Trône, le Souverain a souligné qu’il n’est pas normal que le Maroc avance à deux vitesses, et que certaines régions manquent encore d’infrastructures logistiques et de services essentiels.

En prétendant que toutes les régions sont développées, le chef du gouvernement renvoie une image volontairement embellie du pays, qui ne correspond ni aux données disponibles, ni à l’expérience vécue par les habitants des zones marginalisées. Rif, Oriental, Haut Atlas, zones enclavées du Sud-Est, autant de territoires où l’accès aux soins, à l’emploi, à l’éducation ou aux routes demeure difficile, voire insuffisant. Les inégalités régionales sont visibles, mesurables et reconnues par les institutions elles-mêmes.

Mais cette posture ne relève pas uniquement d’un optimisme déplacé. Elle s’inscrit dans une logique de communication électorale. À l’approche des prochaines échéances, Akhannouch cherche à soigner son image et celle de son parti, en projetant l’idée d’un Maroc qui avance, d’un bilan gouvernemental rassurant et d’une gouvernance maîtrisée. Cette stratégie, cependant, risque de se heurter au scepticisme d’une opinion publique de plus en plus consciente des écarts entre les discours officiels et la réalité quotidienne.

Il est pourtant préférable, pour le bien de la nation, de présenter les choses telles qu’elles sont. Le développement territorial ne peut être construit sur des artifices de langage ou des récits déconnectés du réel. Il exige un diagnostic honnête, une reconnaissance claire des retards, et une volonté politique forte de corriger les déséquilibres.

Minimiser les disparités, c’est nier les défis que rencontrent des millions de Marocains. Et c’est aussi, d’une certaine manière, aller à contre-courant des orientations du Roi, qui appelle à plus d’équité, plus de justice régionale, et plus de cohérence entre les politiques publiques et les attentes des citoyens.

Le Maroc mérite une vérité politique qui regarde le pays tel qu’il est, pour mieux avancer et ainsi optimiser le développement.


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