• Version PDF
  • Coronavirus au Maroc live infos

  • Cas confirmés

    949732

  • Décès

    14774

  • Guéris

    931985

  • Dernière mise à jour: 28 novembre à 23:03

    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 07 septembre 2021  à 09:10
  • Temps de lecture: 12 minutes
  • CHRONIQUESAfghanistan: Les Talibans réinvente L’Histoire

    Afghanistan: Les Talibans réinvente L’Histoire
    Abdelhak Najib: Ecrivain-Journaliste

    Les Talibans sont revenus aux affaires, après vingt ans de guerre civile et de chaos, causés par l’invasion américaine qui a essuyé une défaite cuisante dans un pays où 150 000 Afghans sont morts en tribut à une impossible paix imposée par les armes. On reprend les mêmes et on rejoue la même partition.

    Pour les forces talibanes c’était une question de temps avant que tout le territoire afghan ne tombe entre leurs mains. L’invasion se préparait depuis de longs mois devant le silence et l’inertie suspecte des forces occidentales qui disent suivre de très près la question afghane. Un suivi si efficace qu’ils n’ont pas vu venir la dernière salve qui a fait fléchir la capitale Kaboul et 99 % du territoire afghan, y compris les zones tribales farouchement opposées au régime des Talibans ! Quoi qu’il en soit, c’est désormais acté : l’Afghanistan passe encore une fois sous contrôle des forces talibanes. Celles-ci ont tenu face aux armées américaines déployées sur place et face aux forces de la coalition internationale dont le bilan est aujourd’hui nul après vingt ans d’occupation et de guerre larvée qui n’ont mené qu’au retour de ceux que les puissances occidentales ont été censées chasser définitivement du pouvoir, voire du territoire. Avant d’analyser les tenants et les aboutissants de cette reconquête par les Talibans, intéressons-nous aux réalités du terrain dans un pays qui vit en guerre depuis plusieurs siècles. En effet, cette terre afghane a de tout temps été le terrain de jeu de tous les conflits, et ce, à cause de sa mosaïque ethnique qui se compose de Pachtoune, de Hazara, de Tadjiks, d’Aïmaks, de Turkmènes, de Nouristanis et d’autres minorités telles que les Baloutches et les Pashaïs. Toute cette diversité d’origines se voue des inimitiés historiques nourries aux interventions des forces coloniales venues d’Asie ou d’Occident. Avec un point d’orgue entre 1979 et 1989, avec la guerre contre l’armée rouge soviétique qui s’est soldée par la débâcle des russes avant d’entamer un cycle infernal entre 1991 et 2001, dans une grande confrontation entre l’armée de Ahmad Shah Massoud et les ancêtres des Talibans. Ce qui donne corps, le 7 octobre 2001, à une vaste offensive militaire américaine, après les attentats du 11 septembre 2001. A peine deux mois plus tard, le 6 décembre, les talibans capitulent, eux qui étaient au pouvoir depuis 1996. Suivent 20 autres années de conflit qui aboutissent aujourd’hui au retour des Talibans qui n’ont jamais abdiqué ni quitté le territoire afghan.

    Un retour fracassant

    Le 16 août 2021 marque la victoire des forces talibanes après l’effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l’étranger du président Ashraf Ghani. En 10 jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai 2021, à la faveur du début du retrait des troupes américaines et étrangères, a pris le contrôle de quasiment tout le pays. Il faut y voir, encore une fois, un camouflet pour l’armée américaine qui a mis à sang et à feu toute une région pour s’en aller en laissant la terre en friche et le conflit à son comble. C’est le même constat pour toutes les forces internationales qui étaient en faction sur place et qui ont quitté le navire laissant le peuple afghan face à la férocité des Talibans, qui affirment aujourd’hui, face caméra, plus pour amuser la galerie que pour rendre compte de leurs réelles intentions : «la guerre est fini, et tout le monde est pardonné ». Sauf que l’Histoire nous a appris que jamais, le mot pardon n’a eu droit de cité sur le sol afghan. Ce qui nous amène au cœur de cette réflexion qui se focalise en guise de conclusion sur le sort réservé aux populations afghanes, dans leur grande diversité et surtout aux femmes afghanes qui ont toujours payé un lourd tribut à la guerre et aux obscurantismes. Nous le savons, les femmes sont la première cible d’un régime misogyne qui considère la femme comme un « animal ». Elle est maltraitée. Elle est violée. Elle est mutilée dans son corps. Elle est déportée. Elle est incarcérée. Elle est jugée sur la place publique et condamnée à mort par lapidation comme nous l’avons si souvent vu au cours des longues années d’exactions criminelles de factions talibanes très hostiles aux libertés. Malgré tous les discours de circonstance aujourd’hui, pour amadouer la communauté internationale, les convictions des talibans sont claires et ne souffrent aucune ombre : pas d’école, pas de travail et aucun droit ni pour les femmes ni pour les petites filles, encore moins pour l’ensemble de la population qui doit encore une fois changer de mœurs et de coutumes et se plier aux obligations strictes d’une charia inventée de toutes pièces pour réduire les citoyens au silence et à la peur constante. Alors que ça fait 20 ans que ces femmes luttent pour décrocher quelques postes aujourd’hui. Dans cette configuration dont les contours se sont déjà dessinés, il n’y a certes aucune place pour les associations de protection des femmes et des jeunes filles. Il n’y a pas de place pour les ONG internationales qui veulent plaider la cause des libertés individuelles sous un régime liberticide. Nous allons y assister en direct : ce régime taliban de retour aux commandes fera pleuvoir le feu de toutes les vengeances pour solder le compte de 20 ans de bras de fer avec l’Occident. Entre-temps, le monde se confond en déclarations vides de sens. Joe Biden appelle les Afghans à défendre leur autodétermination comme si les populations avaient le pouvoir de le faire oubliant du même ; coup, que ce sont les USA qui ont créé de toutes pièces ce mouvement belliqueux qui ne jure que par la guerre. Quant à Emmanuel Macron, son unique souci, ce sont les flux migratoires vers l’Europe. Il s’est même empressé de rapatrier ses ressortissants et ceux qui ont collaboré avec la France. Avec, en prime, ces images horribles d’avions quittant les tarmacs avec des populations apeurées, affolées et hagardes qui courent derrière les réacteurs dans un désespoir sans appel.

    La force du chaos

    Voici en gros la situation telle qu’elle est aujourd’hui après la prise du pouvoir par les forces talibanes. Nous avons un pays en ruines. Nous avons un État de non-droit. Nous avons un champ de bataille ouvert sur tous les drames et tous les désastres. Nous avons une communauté internationale en spectatrice. Nous avons des populations qui s’attendent au pire pour l’avoir déjà vécu à plusieurs reprises, à chaque fois que les Talibans ont repris les commandes. Voici le temps des horreurs et des obscurantismes face à l’inertie internationale.
    Maintenant que les Talibans ont pris le pouvoir et se sont installés dans le pays, avec une vision à long terme, maintenant que les attentats occupent les devants de la scène, maintenant que les morts et les blessés se chiffrent par dizaines au lendemain du départ des grandes puissances, maintenant que Joe Biden, le Président des USA promet des représailles et de faire payer cher les auteurs des attaques causant la mort des soldats américains, quelles sont les configurations qu’impliquent cette mainmise des talibans sur l’Afghanistan ? Et quelles projections pouvons-nous faire dans l’avenir d’une nation qui n’a connu que la guerre vivant au rythme des conflits armés à répétition, entre tribus rivales et guerres larvées avec l’ex URSS et l’armée américaine, pendant plus de 40 ans, sans interruption ? Quand nous mettons tous les éléments d’analyse en perspective, nous réalisons, sans l’ombre d’une hésitation, que le chaos fait partie de l’Histoire des Afghans. D’un Royaume, il passe par l’Émirat, par le Califat, par la république communiste, par des gouvernements de coalitions sans bases d’entente inscrite dans la durée. Le tout sous le sceau du spectre de la guerre civile qui alimente les seigneurs de guerre, qui s’enrichissent en jouant aux mercenaires, grâce au trafic de drogues où l’opium sert d’économie souterraine. Sans oublier le très juteux commerce illicite d’émeraude, source principale d’inimitiés séculaires entre zones tribales pachtoune, hazaras, tadjike, ouzbeks, judéo-afghane et d’autres minorités qui évoluent dans le sillage des grandes familles comme vassaux dont le poids en cas d’alliance pour trouver la clef à la constitution d’un gouvernement s’avère conséquent. Dans toute cette mosaïque, aucun régime ne peut tenir sans une main de fer capable de jouer aux équilibristes pour maintenir un semblant d’unité nationale sujette à caution. En ce sens que la majorité doit, coûte que coûte, être assurée par une tribu sunnite et majoritaire, soit les Pachtounes, soit les Hazaras, avec le concours des autres sous-groupes qui monnayent à la dure leur soutien à une partie ou à l’autre.

    L’impossible nation

    C’est pour cette raison que l’équation afghane semble inextricable et accouche constamment de nouvelles confusions qui rendent les projections dans le futur aléatoires. Aujourd’hui, après l’invasion presque intégrale du territoire afghan par les forces talibanes, rien ne garantit la stabilité dans ce pays, à plus forte raison à cause de la majorité pachtoune au sein de la commanderie talibane. Ce qui pose un véritable problème de gestion des régions, où il est impératif que le commandant en chef soit issu de la tribu dont il assure la gouvernance. A ceci s’ajoutent les dissensions grandissantes au sein des différents clans talibans qui ne s’entendent pas encore sur quel régime mettre sur pied : est-ce un Califat avec la sharia en guise des lois et des règles ou un Émirat, avec un conseil de consultation, qui n’aboutit jamais qu’aux crises et aux bras de fer interminables finissant dans des bains de sang. Ce qu’il faut aussi retenir dans le nouveau chapitre afghan qui est en passe de s’écrire par une autre forme d’approche politique, nourrie aux ratages du passé et profitant de la faiblesse de certaines tribus qui ont été laminées par les forces occidentales durant la dernière guerre de 20 ans, c’est que l’unique langage en vigueur reste la violence dans toutes ses manifestations. Autrement dit, les Talibans veulent aujourd’hui faire de Kaboul, la capitale d’une nation islamique, sunnite obligatoirement, fondée sur une gestion politique et économique pragmatique adossée à des contrats licites ou illicites passés et actés avec la Chine, l’Inde, la Russie et les Etats Unis d’Amérique pour l’exploitation des terres rares très demandés par la technologie mondiale. Ce qui assure aux Talibans une manne financière qui les dispense de recourir au terrorisme et aux rapts et autres kidnappings pour remplir les caisses de l’Émirat. Nous sommes là face à une vision toute nouvelle qui a surpris les Occidentaux qui ont pensé que l’arrivée des Talibans, encore une fois, aux commandes allait se dérouler selon les mêmes termes comme au temps d’Oussama Ben Laden et du Mollah Omar. Non, loin de là. La donne a changé et les chefs talibans se sont adaptés aux exigences de la Realpolitik telle qu’elle doit être négociée avec les grandes puissances, selon certains termes, pour garder un semblant d’entente repoussant le conflit et les bras de fer. Nous l’avons bien vérifié, encore une fois, l’Occident fait preuve d’une grande naïveté et immaturité pensant que Talibans riment avec Al Qaïda ou Daech. Au contraire, aujourd’hui les Talibans veulent faire du négoce. Ils veulent vendre des matières premières. Ils veulent s’enrichir. Ils veulent installer dans la durée un état nation viable, avec des accords politiques et économiques ouverts avec les partenaires qui le souhaitent.

    Jeux de dupes

    Dans cette optique, les chefs talibans assurent la communauté internationale qu’il n’y aura pas de représailles, pas plus qu’aucune vengeance ne sera tolérée. Les dirigeants de Kaboul affirment qu’ils veulent instaurer une autre manière de gouverner, dans la paix et la stabilité, mais selon leurs lois et leurs idéologies religieuses et politiques appelant leurs partenaires potentiels à respecter leurs traditions et leur différence. Dans la même ligne de conduite, les Talibans ont rassuré les Occidentaux et les Nations Unis que les femmes ne seront pas mal traitées, que les femmes ayant un travail vont continuer à l’exercer, que les écoles font ouvrir leurs portes, qu’aucune stigmatisation des femmes n’est envisagée, toujours dans le respect des droits humains et en parfaite adéquation et concordance avec les us et coutumes du pays. Toutes ses promesses sont bien belles, mais l’Histoire de ce pays et surtout des Talibans nous a appris qu’en termes de rapports aux femmes, les dérives et les travers sont à prendre au sérieux. Tout comme il faut être réaliste et penser, à juste raison, que la loi du Talion fera, tôt ou tard, son entrée en jeu sur la scène des équilibres politiques et tribaux dans tout le pays. Car, à moins d’un miracle, ni les Talibans ne sont capables de conceptualiser un état moderne et rationnel, ni les Occidentaux ne peuvent laisser les tribus s’arranger entre elles, à la recherche d’un équilibre des forces, sans intervenir ni manipuler une partie contre l’autre. C’est là tout le pari pour l’Afghanistan de demain : se construire dans la durée, en paix, sans ingérence étrangère.

    Les derniers articles

  • Les principaux titres de la presse nationale parue ce lundi 29 novembre

    Les principaux titres de la presse nationale parue ce lundi 29 novembre

    Voici les principaux titres développés par la presse nationale parue lundi: Aujourd’hui Le Maroc La Cour des comptes dévoile son plan 2022-2026. Lors de sa présentation...

  • Coopération sino-africaine: Les investissements directs des entreprises chinoises en Afrique ont dépassé 43 milliards de dollars en fin 2020

    Coopération sino-africaine: Les investissements directs des entreprises chinoises en Afrique ont dépassé 43 milliards de dollars en fin 2020

    Les investissements directs des entreprises chinoises en Afrique ont dépassé 43 milliards de dollars en fin 2020, indique un livre blanc publié à l’occasion de la tenue...

  • Enactus Maroc: Les réalisations du programme “Soutenir l’insertion économique des jeunes” mises en lumière à Marrakech

    Enactus Maroc: Les réalisations du programme “Soutenir l’insertion économique des jeunes” mises en lumière à Marrakech

    Un séminaire national destiné à mettre en lumière et à célébrer les réalisations du programme “Soutenir l’insertion économique des jeunes”, avec un...

  • Trois Marocains se qualifient au prix du Livre Cheikh Zayed dans deux catégories

    Trois Marocains se qualifient au prix du Livre Cheikh Zayed dans deux catégories

    27 novembre 2021  à 19:14
  • Hydroélectricité: Mustapha Bakkoury signe un accord avec EDF

    Hydroélectricité: Mustapha Bakkoury signe un accord avec EDF

    27 novembre 2021  à 17:03
  • Nouveau variant: l’Europe a pris ses précautions

    Nouveau variant: l’Europe a pris ses précautions

    27 novembre 2021  à 17:00
  • Grippe aviaire: Un premier foyer en élevage détecté dans le Nord de la France

    Grippe aviaire: Un premier foyer en élevage détecté dans le Nord de la France

    27 novembre 2021  à 16:54
  • Azoulay: La pédagogie de la diversité au cœur de la modernité de notre société

    Azoulay: La pédagogie de la diversité au cœur de la modernité de notre société

    27 novembre 2021  à 16:53
  • Ifrane: Un partenariat pour promouvoir la formation et la recherche sur les civilisations arabo-musulmane, amazighe et juive

    Ifrane: Un partenariat pour promouvoir la formation et la recherche sur les civilisations arabo-musulmane, amazighe et juive

    27 novembre 2021  à 16:51