Abdelouafi Laftit hausse le ton face à l’inertie communale
Hausse des taxes sur les terrains nus
Par Yassine Andaloussi
Alors que le Royaume s’efforce de moderniser son système fiscal local et de lutter contre la rétention foncière, une réforme clé patine sur le terrain. La hausse des taxes sur les terrains non bâtis, votée dans le cadre du Code des impositions des collectivités territoriales, peine à entrer en application dans nombre de communes. Face à cette inertie, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a décidé de hausser le ton et d’enclencher une série de mesures correctives.
Dans une circulaire adressée aux walis, gouverneurs et présidents de conseils communaux, le ministre appelle à une mobilisation urgente pour remettre de l’ordre dans le traitement de cette taxe, essentielle pour encourager la mise en valeur du foncier urbain et lutter contre la spéculation.
La réforme en question prévoit une augmentation substantielle des taxes selon le degré d’équipement des zones. Dans les territoires bien dotés en infrastructures, la taxe passe ainsi de 15 à 30 dirhams le mètre carré. Dans les zones moyennement équipées, elle triple également pour atteindre 15 dirhams. Quant aux zones faiblement desservies, la taxe quadruple, passant de 0,5 à 2 dirhams le mètre carré. Une grille tarifaire révisée censée inciter les propriétaires à bâtir ou à vendre, mais qui reste aujourd’hui lettre morte dans plusieurs localités.
Le blocage principal réside dans l’absence d’arrêtés réglementaires, pourtant nécessaires pour classifier les zones en fonction de leur niveau d’équipement. Ces arrêtés doivent être élaborés par les présidents des conseils communaux, puis validés par les gouverneurs. Or, peu de communes se sont attelées sérieusement à cette tâche, ce qui compromet l’application concrète de la réforme.
Pour remédier à cette défaillance, le ministère exige la mise à jour des bases de données territoriales en mobilisant des outils techniques modernes : GPS, systèmes d’information géographique, cartographie des plans d’aménagement et identification fine des périmètres urbains. Il s’agit également de recenser avec précision quartiers, douars, arrondissements et zones spécifiques comme les stations thermales ou les complexes touristiques, souvent en marge de la fiscalité locale.
Au-delà de la dimension technique, ce rappel à l’ordre vise à renforcer la gouvernance locale et à responsabiliser les élus. Car derrière cette taxe, se joue un enjeu fondamental : l’urbanisation maîtrisée, la mobilisation du foncier au service du développement, et la préservation des équilibres budgétaires communaux. La balle est désormais dans le camp des collectivités locales. À elles de transformer l’ambition fiscale en réalité opérationnelle.
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