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Abdelhadi Belkhayat, la voix qui a traversé le temps

La scène artistique marocaine a perdu l’une de ses voix les plus singulières avec la disparition d’Abdelhadi Belkhayat, survenue à Rabat à la fin du mois de janvier, un vendredi, après une longue maladie. L’annonce de son décès, à l’âge de 86 ans, a installé dans le pays un silence particulier, celui que provoque la perte d’un artiste dont la présence s’était inscrite durablement dans la mémoire collective, sans bruit, sans emphase, mais avec une profondeur rare.

Par Kenza El Mdaghri


Né à Fès en 1940, Abdelhadi Belkhayat s’est imposé très tôt comme une figure à part dans le paysage musical marocain. Sa voix ample, maîtrisée, immédiatement reconnaissable, ne cherchait ni l’effet ni la facilité. Elle portait un rapport exigeant au texte, à la poésie et à la mélodie, à une époque où la chanson marocaine construisait ses codes modernes tout en restant solidement ancrée dans ses références culturelles. Belkhayat appartenait à cette génération pour laquelle la chanson relevait d’un acte artistique complet, pensé, travaillé, habité.

Son répertoire demeure l’un des plus marquants de l’histoire musicale nationale. Qitar Al Hayat s’est imposé comme une œuvre à part, bien au-delà du succès populaire, par la densité de son propos et la justesse de son interprétation. Al Qamar Al Ahmar ou Al Munfarija ont inscrit sa voix dans une dimension lyrique et spirituelle où l’émotion naît de la retenue et de la précision. Chez Abdelhadi Belkhayat, chaque note semblait pesée, chaque silence porteur de sens.

Ce style profondément personnel a traversé les décennies sans jamais céder aux modes. L’artiste n’a jamais cherché à se réinventer artificiellement pour rester présent dans l’actualité. Il a fait le choix de la rareté, de l’exigence et d’une fidélité absolue à son univers. C’est cette cohérence qui explique la longévité de son œuvre et la place singulière qu’il occupe encore aujourd’hui dans le cœur du public marocain.

Les hommages se sont multipliés dès l’annonce de sa disparition. Artistes, musiciens et acteurs culturels ont rappelé la rigueur de son travail, son élégance humaine et son rapport presque sacré à la scène. Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a salué une figure majeure de la mémoire artistique nationale, soulignant l’apport décisif de Belkhayat à la construction d’un patrimoine musical exigeant, durable et profondément marocain.

Le message adressé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la famille du défunt a donné à cet hommage une portée nationale. Le Souverain y a souligné la perte d’un grand nom de la création artistique, dont l’œuvre a contribué au rayonnement de la culture marocaine et à la transmission de ses valeurs esthétiques et spirituelles, au Maroc comme à l’international.

Les obsèques, organisées à Casablanca, ont réuni proches, artistes et anonymes venus accompagner une dernière fois celui dont la voix a traversé les générations. Dans cette sobriété collective, sans mise en scène ni effets appuyés, se lisait le respect profond réservé à un artiste qui avait fait de la discrétion une forme d’élégance.

Avec sa disparition, Abdelhadi Belkhayat laisse un héritage rare, celui d’une œuvre qui ne s’épuise pas avec le temps et d’une voix qui continue de résonner sans jamais perdre sa justesse. Dans un paysage musical souvent soumis à l’instantané, il incarne cette idée devenue précieuse que la durée, la cohérence et la fidélité à soi-même restent les marques les plus sûres de la grandeur artistique.


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