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À Séville, Guterres appelle à réinventer la solidarité mondiale autour du développement

Guterres appelle à une mobilisation mondiale pour changer le cap du développement

Par Fayçal El Amrani


C’est avec gravité et conviction que le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s’est exprimé à l’ouverture de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4), tenue à Séville. Face à un système financier mondial qu’il juge « étouffé », M. Guterres a lancé un appel vibrant à un sursaut collectif pour « changer de cap » et remettre le développement au cœur des priorités internationales.

Antonio Guterres, plaide pour une mobilisation coordonnée et ambitieuse des banques de développement, tant multilatérales que nationales, afin de générer les volumes de financement requis pour les projets structurants dans le monde

Depuis la tribune andalouse, il a diagnostiqué une machine de financement mondiale quasiment à l’arrêt, incapable de répondre aux exigences du moment. Il affirme que la méfiance généralisée, la fragmentation croissante et l’inertie des institutions, ancrées dans des logiques dépassées, paralysent aujourd’hui la coopération internationale – pourtant moteur du progrès global depuis des décennies.

Dans cette atmosphère tendue, le patron de l’ONU a mis en lumière l’urgente nécessité de réformer les leviers traditionnels du développement. Il plaide pour une mobilisation coordonnée et ambitieuse des banques de développement, tant multilatérales que nationales, afin de générer les volumes de financement requis pour les projets structurants dans le monde. Leur capacité de prêt, selon Guterres, devrait être triplée. Un objectif qui passe par une redistribution plus équitable des droits de tirage spéciaux et une réforme profonde de la gouvernance financière mondiale, actuellement dominée par un petit nombre d’acteurs.

Ce message trouve un écho particulier dans les pays du Sud, dont le Maroc, qui, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, place la coopération Sud-Sud et le co-développement au cœur de sa diplomatie économique. Les appels de Guterres font résonner la voix de ceux qui, comme le Royaume, revendiquent un ordre économique plus juste et plus représentatif.

Dans un monde traversé par des conflits persistants, il a tenu à rappeler le lien indissociable entre paix et développement

Le Secrétaire général n’a pas éludé la question des Objectifs de développement durable (ODD), estimant que les deux tiers d’entre eux sont aujourd’hui en retard. Pour rattraper ce retard, il faudrait mobiliser chaque année plus de 4.000 milliards de dollars. Une somme colossale, irréalisable sans transformation des règles fiscales et financières mondiales. Il insiste sur l’importance d’un système fiscal international plus équitable, construit collectivement, et non dicté par les seuls intérêts des plus puissants. Le combat contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites, tout comme le renforcement des administrations fiscales dans les pays en développement, s’inscrit dans cette exigence de justice économique.

Dans un monde traversé par des conflits persistants, Guterres a tenu à rappeler le lien indissociable entre paix et développement. Les guerres et les crises profondes frappent la quasi-totalité des pays affichant les plus faibles niveaux de développement humain. Il faut, selon lui, briser ce cercle vicieux en investissant davantage dans la prévention des conflits, dans l’éducation, la santé et l’inclusion sociale – autant de domaines dans lesquels le Maroc a multiplié les réformes et les efforts ces dernières années.

«Séville pourrait bien devenir le point de départ de cette nouvelle ambition collective.»

La Conférence de Séville, qui réunit un impressionnant éventail de dirigeants mondiaux, de représentants d’institutions financières, d’ONG et d’acteurs économiques, se veut un tournant. Le projet de déclaration finale, baptisé « Compromis de Séville », entend inscrire dans le marbre les grandes lignes d’un futur pacte pour un financement plus équitable du développement. Ce texte appelle à redéfinir les équilibres de gouvernance, à donner davantage de voix aux pays du Sud dans les institutions internationales, et à renforcer la coopération contre les pratiques fiscales prédatrices.

Dans cette nouvelle architecture souhaitée, le Maroc se positionne en acteur constructif. À la croisée des continents, fort de sa stabilité politique et de sa diplomatie de dialogue, le Royaume peut jouer un rôle clé dans cette reconfiguration. Le modèle marocain de développement solidaire, alliant réforme intérieure et rayonnement international, est perçu de plus en plus comme une référence au sein des fora mondiaux.

Antonio Guterres n’a pas livré un simple plaidoyer technique. Il a dessiné les contours d’un avenir commun qui ne pourra émerger que d’une solidarité renouvelée, d’une coopération sincère et d’un courage politique à la hauteur des enjeux. Séville pourrait bien devenir le point de départ de cette nouvelle ambition collective.


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