A quoi joue Benkirane ?
Par Yassine Andaloussi
En s’attaquant à la participation israélienne à l’exercice African Lion 2025, Abdelilah Benkirane outrepasse gravement son rôle. Cette intrusion dans les affaires militaires révèle un populisme dangereux, à contre-courant de l’intérêt national et des choix souverains du Royaume.
Une parole qui franchit les lignes rouges
L’intervention d’Abdelilah Benkirane lors d’une réunion de la direction du parti a une fois de plus démontré les dérives d’un populisme constant. En commentant, et surtout en condamnant, la participation d’un contingent israélien à l’exercice militaire African Lion 2025, l’ancien chef de gouvernement n’a pas seulement exprimé une opinion, il a franchi une limite fondamentale. Il s’est autorisé à critiquer une décision militaire relevant exclusivement des plus hautes sphères de l’État, en l’occurrence de Sa Majesté le Roi, Chef suprême et Chef d’État-Major général des Forces Armées Royales.
Non seulement cette sortie est inacceptable sur la forme, mais elle est également périlleuse sur le fond. En s’immisçant dans la stratégie militaire du pays, Benkirane agit en contradiction totale avec la Constitution qu’il a lui-même servie. De ce fait, il remet en cause l’unité du front intérieur et ouvre une brèche dans un domaine où l’intérêt national doit primer sur tout le reste.
La participation de l’armée israélienne à cet exercice multinational n’est pas une exception hasardeuse, mais le fruit d’une politique souveraine, pensée, et décidée par les autorités compétentes. L’exercice African Lion coorganisé avec les États-Unis est reconnu internationalement pour sa portée stratégique, son efficacité opérationnelle, et sa dimension diplomatique. Il positionne le Maroc comme un partenaire fiable au sein des coalitions internationales et renforce sa stature régionale. Par ailleurs, non seulement l’armée israélienne n’est pas la seule invitée, mais l’événement accueillera également des dizaines d’autres forces étrangères. La focalisation de Benkirane sur ce seul contingent dénote une volonté manifeste de raviver une ligne politique fondée sur le rejet et la surenchère idéologique, plutôt que sur la défense des intérêts supérieurs du Royaume.
La sortie de Benkirane s’inscrit dans une stratégie bien connue : celle d’exploiter la tragédie de Gaza à des fins électoralistes. Il ne s’agit pas ici de nier la souffrance du peuple palestinien, que le Maroc a toujours soutenu activement, mais de dénoncer l’utilisation politicienne d’un drame humain pour dénigrer des choix souverains.
Non seulement cette instrumentalisation est indécente, mais elle est également inefficace. Elle repose sur une logique émotionnelle qui nie la complexité géopolitique actuelle. Le Maroc, depuis la normalisation de ses relations diplomatiques avec Israël, a su défendre sa position avec clarté, engagement pour la paix, maintien du soutien à la cause palestinienne, et renforcement de sa position stratégique. Cette posture équilibrée a permis au Royaume de dialoguer avec tous les acteurs tout en gardant sa cohérence et son indépendance.
De ce fait, le discours de Benkirane ne relève pas du patriotisme, mais du calcul. Il ne sert ni la Palestine, ni le Maroc. Il ne fait qu’alimenter une tension artificielle, dangereuse pour la cohésion nationale.
Ce n’est pas la première fois que l’ancien chef de gouvernement cherche à exister politiquement en provoquant des tempêtes médiatiques. Mais cette fois, la gravité est toute autre. Car il s’attaque à l’armée. Et cela, les Marocains ne le tolèrent pas.
L’armée marocaine n’est pas un acteur politique. Elle est l’un des piliers de l’État. Elle agit avec discipline, loyauté et discrétion. Elle ne saurait être prise à partie dans une polémique politicienne de bas étage. En tentant de l’instrumentaliser, Benkirane commet une faute politique majeure, qui pourrait le discréditer durablement. Par ailleurs, non seulement son parti manque aujourd’hui d’innovation, mais il peine également à présenter une alternative crédible. Faute de vision, le PJD maintient une stratégie électorale similaire à la précédente : indignation morale, rhétorique victimaire, et posture d’opposition systématique. Mais l’opinion publique marocaine a changé. Elle demande des résultats, du sérieux, du respect des institutions, ainsi qu’une vision ancrée dans son temps.
L’intérêt supérieur du Royaume comme boussole
Le Maroc de 2025 n’est plus celui de l’ère Benkirane. Aujourd’hui, le pays investit dans l’intelligence artificielle, déploie sa diplomatie économique en Afrique, modernise ses infrastructures, et renforce sa souveraineté énergétique. Il s’impose comme un acteur central dans la sécurité régionale, notamment au Sahel, et construit des partenariats équilibrés à travers le monde. Dans cette dynamique, l’intérêt national prime sur le reste. La souveraineté stratégique du Royaume n’est pas négociable. Elle repose sur des décisions assumées, prises dans l’intérêt supérieur de la Nation, indépendamment des émotions ou des slogans. Non seulement Benkirane refuse de reconnaître cette évolution, mais il s’enferme dans une logique d’opposition d’un autre temps. Son discours ne s’adresse plus à la réalité marocaine, mais à une nostalgie politique dont une bonne partie de la population marocaine ne veut plus.
Tout homme d’État qui a occupé de hautes fonctions se doit de respecter une certaine réserve. Ce devoir est d’autant plus important quand il s’agit d’affaires militaires. En s’en prenant à une décision qui relève directement de l’État souverain, son attitude jette le trouble sur la légitimité des institutions et affaiblit la voix du Maroc à l’international. Car oui, les alliés du Royaume observent. Et ce genre de polémique, montée en épingle pour des motifs électoralistes, ne renforce ni la cohésion nationale, ni la crédibilité diplomatique du pays.
L’exercice African Lion 2025 n’est pas une simple manœuvre militaire. C’est un levier de souveraineté, un outil d’influence, un instrument de puissance. En contestant ses fondements, Benkirane attaque une pièce maîtresse de la diplomatie marocaine. Lui qui a dirigé un gouvernement aurait dû se souvenir que certaines lignes ne se franchissent pas.
La politique partisane, aussi légitime soit-elle, doit toujours s’effacer devant l’intérêt supérieur de la Nation. Car le Maroc n’a pas besoin de polémiques, mais de vision. Pas de posture, mais de responsabilité. Et sur ce terrain-là, le silence aurait été plus sage.
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