À Benguérir, l’économie sociale et solidaire trace son nouveau sillon stratégique
LA VÉRITÉ
Cap stratégique
L’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir a accueilli, les 17 et 18 juin 2025, un rendez-vous national de grande portée qui pourrait bien marquer un tournant dans la structuration de l’économie sociale et solidaire au Maroc. Organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la cinquième édition des Assises nationales de l’ESS a réuni plus de mille participants venus des quatre coins du Royaume, parmi lesquels des élus, des responsables d’administrations, des représentants d’organisations de la société civile, des chercheurs, des experts internationaux, des partenaires financiers et des porteurs de projets. Cette convergence inédite entre acteurs institutionnels, économiques et territoriaux a donné lieu à la signature de quinze conventions majeures qui font entrer l’ESS dans une nouvelle dynamique de convergence publique et d’ancrage territorial.
Un signal fort
Le cadre choisi pour cette édition n’était pas anodin. À Benguérir, sur le campus de l’UM6P, incarnation du nouveau modèle de développement basé sur l’innovation et la durabilité, le gouvernement a voulu envoyer un signal fort : l’économie sociale et solidaire n’est plus une composante marginale du tissu économique, mais un véritable levier de croissance inclusive et de cohésion sociale. En ouverture des travaux, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a souligné que ce secteur, qui emploie aujourd’hui plus de 600 000 personnes à travers quelque 50 000 coopératives, mérite un accompagnement plus soutenu, à la hauteur de son potentiel économique et social. L’objectif affiché est clair : faire de l’ESS un pilier à part entière du développement territorial, en intégrant pleinement ses acteurs dans les chaînes de valeur régionales et nationales.
Accords structurants
Parmi les quinze conventions actées lors de cette édition, plusieurs se démarquent par leur portée structurante. Une première a été conclue entre le ministère de l’Agriculture et celui délégué chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, afin de faciliter l’accès des coopératives artisanales aux matières premières végétales, animales et forestières. En assurant des circuits d’approvisionnement pérennes et à coûts maîtrisés, cet accord vient répondre à une revendication ancienne des artisans marocains, souvent confrontés à des ruptures de stock ou à des prix prohibitifs. Une autre convention a été signée entre le même secrétariat d’État et le ministère de l’Inclusion économique pour inscrire l’ESS au cœur des dispositifs de formation professionnelle, en proposant des parcours adaptés aux réalités des coopératives, des mutuelles et des associations productives.
Synergies publiques
Ces engagements bilatéraux viennent compléter une volonté globale de décloisonner les politiques publiques en matière d’ESS, en favorisant une articulation plus fluide entre les ministères, les collectivités territoriales et les agences de développement. Car l’une des faiblesses chroniques du secteur reste le manque de coordination et la dispersion des initiatives. En créant un socle conventionnel partagé, ces Assises ont ouvert la voie à une harmonisation des stratégies, qui permettra aux acteurs de terrain de mieux mobiliser les leviers publics, qu’il s’agisse de financements, d’accès au foncier, de digitalisation ou d’accompagnement technique. Il s’agit désormais d’opérationnaliser cette synergie dans chaque région, en s’appuyant sur les CRI, les collectivités locales et les plateformes coopératives existantes.
Souffle générationnel
L’édition de cette année s’est également distinguée par une forte participation des jeunes et des femmes porteuses de projets, soulignant la volonté d’insuffler un nouveau souffle générationnel à un secteur souvent perçu comme traditionnel. Des panels dédiés ont mis en lumière des initiatives innovantes dans les domaines du recyclage, de l’agroécologie, du tourisme solidaire ou de la valorisation des savoir-faire locaux. Plusieurs coopératives dirigées par des femmes ont été primées pour leurs modèles économiques durables et leur impact territorial, à l’instar de la coopérative Taqa pour l’énergie solaire rurale ou encore la coopérative Nissae Midelt spécialisée dans la production de plantes médicinales. Ces projets, à forte valeur ajoutée sociale, illustrent la capacité de l’ESS à répondre aux besoins locaux tout en créant de l’emploi et de la résilience.
Cartographie sectorielle
L’un des points forts du forum a aussi été la présentation des résultats du Baromètre national de l’ESS, qui a permis de dresser un état des lieux actualisé du secteur. On y apprend notamment que les coopératives agricoles représentent encore près de 70 % du tissu ESS, tandis que les activités émergentes (services numériques, recyclage, énergies renouvelables) ne dépassent pas 5 % mais connaissent une croissance rapide. Ce diagnostic a servi de base aux ateliers thématiques où plusieurs recommandations ont été formulées, dont la création d’un fonds d’investissement dédié à l’innovation sociale, la révision du cadre fiscal des coopératives, et la mise en place d’un observatoire national de l’ESS en partenariat avec les universités.
Rayonnement africain
L’édition de Benguérir a également été marquée par la présence de délégations internationales, notamment du Canada, de France, du Sénégal et du Brésil, qui sont venues partager leurs expériences en matière de politiques publiques de l’ESS. Ces échanges ont nourri une réflexion collective sur les moyens de mieux intégrer le Maroc dans les réseaux internationaux de l’économie sociale, avec l’ambition de faire du Royaume un hub régional de l’innovation sociale en Afrique. Plusieurs représentants d’organisations multilatérales, comme la Banque africaine de développement et le PNUD, ont salué les efforts du Maroc pour structurer un écosystème favorable, en particulier sur le volet genre et jeunesse.
Volonté partagée
Cette cinquième édition des Assises nationales de l’économie sociale et solidaire n’a pas seulement été un espace de discussion, mais un véritable laboratoire de convergence institutionnelle et d’engagement collectif. Les quinze conventions signées, les projets valorisés, les données partagées et les perspectives esquissées traduisent une volonté politique assumée de hisser l’ESS à un nouveau niveau d’intégration dans le modèle de développement marocain. Reste désormais à concrétiser ces engagements sur le terrain, à travers un suivi rigoureux, une mobilisation constante des partenaires et une implication accrue des territoires. Le cap est tracé, il faudra maintenant tenir le cap.
Quinze conventions pour structurer l’écosystème solidaire
Quinze conventions majeures ont été signées à l’occasion de cette cinquième édition des Assises nationales de l’économie sociale et solidaire, traduisant une volonté claire de structurer l’écosystème à l’échelle nationale. Ces accords, conclus entre le secrétariat d’État chargé de l’ESS et plusieurs départements ministériels et institutions stratégiques, visent à favoriser l’intégration du secteur dans les politiques publiques, à renforcer ses capacités et à lui garantir des leviers concrets de développement.
Parmi les conventions phares figurent celle signée avec le ministère de l’Agriculture pour faciliter l’accès des coopératives artisanales aux matières premières végétales, animales et forestières, mais aussi celle conclue avec le ministère de l’Inclusion économique, qui acte l’intégration de l’ESS dans les programmes de formation professionnelle. D’autres partenariats renforcent l’ancrage territorial et sectoriel du secteur, à travers l’appui aux filières agricoles, forestières et halieutiques, l’accompagnement des collectivités territoriales, ou encore la digitalisation des structures solidaires, en lien avec l’Agence de développement du digital. Le levier du financement a également été renforcé grâce à une convention avec la Caisse centrale de garantie, ouvrant la voie à des produits adaptés aux spécificités des organisations ESS.
Ces conventions traduisent une volonté commune de converger autour d’un socle opérationnel partagé, qui permet de relier les ambitions nationales aux besoins du terrain, dans une logique d’impact, de résilience et de développement inclusif.
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