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2025, l’année des grandes absences : ces voix, ces visages, ces signatures qui ont marqué leur époque

Il y a des années qui s’écrivent au présent, avec leurs crises et leurs rebonds, et d’autres qui se relisent à travers les silences qu’elles laissent derrière elles. 2025 appartient aussi à cette deuxième catégorie. Des figures familières ont disparu, parfois au terme d’un long combat, parfois à la fin d’une trajectoire déjà entrée dans l’histoire, et, avec elles, c’est une part de notre mémoire collective qui se réorganise. Du Maroc au monde arabe, jusqu’aux grandes icônes internationales, ces disparitions n’ont pas la même résonance, mais elles disent toutes quelque chose de la même réalité : le temps culturel, artistique, spirituel et médiatique avance, mais il n’efface pas les empreintes.

Par Kenza El Mdaghri


Figures marocaines

Naïma Samih (1953-2025)

Elle était de ces voix qui traversent les générations sans demander la permission. Naïma Samih a porté, avec une élégance naturelle, une chanson marocaine populaire au sens noble, capable de réunir les salons urbains comme les mémoires familiales, les radios comme les cérémonies intimes. Sa disparition, au printemps 2025, a rappelé ce que représente une grande interprète dans un pays : un repère affectif, une présence qui accompagne les saisons de la vie, et une manière d’habiter la langue et la mélodie sans artifices.

Mohamed Choubi (1962-2025)

Acteur, homme de scène et d’écriture, Mohamed Choubi appartenait à cette génération qui a consolidé le théâtre et l’audiovisuel marocains par le travail, l’exigence et le refus de la facilité. Sa disparition a touché au-delà du cercle artistique, parce qu’il incarnait une figure reconnue pour sa rigueur et son engagement, avec cette capacité rare de rester profondément marocain dans le jeu, tout en parlant une langue universelle de l’émotion.

Mohcine Jamal (1948-2025)

Chanteur et compositeur, Mohcine Jamal laisse l’image d’un artisan de la chanson, attaché à la construction mélodique autant qu’à l’interprétation. Sa mort, annoncée à Tanger, a réveillé l’attachement du public à ces trajectoires discrètes mais structurantes, celles qui tissent la bande-son d’un pays sans chercher la lumière permanente.

Abdelkader Moutaâ (1940-2025)

Il y a des comédiens dont la présence impose le respect avant même la première réplique. Abdelkader Moutaâ faisait partie de ces figures qui ont donné au théâtre et au cinéma marocains une colonne vertébrale, une profondeur et un style. Sa disparition, à l’automne, a rouvert une question que le Maroc culturel porte souvent en silence : comment transmet-on une école de jeu, une diction, une discipline, quand ceux qui l’ont incarnée s’en vont.

Mohamed Razine (1946-2025)

Avec Mohamed Razine, c’est une page de l’histoire artistique nationale qui se tourne, celle d’un parcours long, fait de fidélité à la scène et au public, malgré les épreuves de santé et les années. Sa disparition a suscité des hommages qui disent une chose essentielle : au Maroc, certaines carrières ne se mesurent pas seulement aux grands rôles, mais à la constance et à la dignité avec lesquelles un artiste traverse le temps.

Figures du monde arabe

Ziad Rahbani (1956-2025)

Il était plus qu’un musicien : une façon de penser la scène libanaise, d’en dénoncer les contradictions, d’en célébrer l’intelligence et l’ironie. Ziad Rahbani, compositeur, dramaturge, pianiste, est parti en 2025 en laissant derrière lui une œuvre qui a façonné des générations, bien au-delà du Liban. Sa disparition a eu l’effet d’un choc culturel, parce qu’elle clôt une époque où l’art pouvait être à la fois populaire, politique, et d’une exigence redoutable.

Samiha Ayoub (1932-2025)

Surnommée la grande dame du théâtre arabe, Samiha Ayoub a incarné l’idée même d’une actrice totale, capable de tenir la scène comme on tient une nation d’émotions. Sa disparition, au Caire, rappelle à quel point le théâtre, dans l’espace arabe, a longtemps été une école de conscience autant qu’un art, et comment certaines figures en deviennent des institutions vivantes.

Sonallah Ibrahim (1937-2025)

Dans le monde arabe, la disparition d’un grand écrivain n’est jamais un simple fait culturel : c’est une vibration politique, morale, presque civique. Sonallah Ibrahim a porté une littérature de résistance, critique, lucide, construite contre les illusions faciles et les compromis confortables. Sa mort, en 2025, a rappelé le rôle de ces plumes qui n’écrivent pas pour plaire, mais pour tenir tête au temps et aux pouvoirs.

Mohamed Lakhdar-Hamina (1934-2025)

Son nom reste lié à une fierté rare pour le cinéma arabe et africain : celle d’avoir inscrit une œuvre au sommet du Festival de Cannes. Avec lui disparaît un réalisateur dont la trajectoire symbolise une ambition de cinéma grand format, historique, exigeant, et profondément ancré dans les luttes et les récits du Maghreb. Sa mort, en mai 2025, a eu la force d’un rappel : certaines victoires culturelles sont aussi des repères géopolitiques.

Figures internationales

Le pape François (1936-2025)

Sa disparition, au printemps, n’a pas seulement clos un pontificat. Elle a mis fin à une manière d’être pape, plus proche du terrain, plus directe, parfois dérangeante pour les appareils, mais immédiatement lisible pour le grand public. François aura incarné une parole mondiale sur la pauvreté, les migrations, la paix, l’écologie, tout en affrontant les fractures internes de l’Église et les tensions du siècle. En 2025, sa mort a été un événement planétaire autant qu’un moment de bilan historique.

Brigitte Bardot (1934-2025)

Icône absolue du cinéma français, figure mondiale avant même l’ère des réseaux, Brigitte Bardot aura traversé la seconde moitié du 20e siècle comme un symbole de liberté, de provocation et de rupture esthétique. Sa disparition, fin 2025, a relancé un débat typique des légendes : comment séparer l’empreinte artistique, la révolution d’image qu’elle a incarnée, et les polémiques qui ont accompagné sa seconde vie militante. Qu’on l’admire ou qu’on la conteste, elle a laissé une trace que l’époque n’efface pas.

Giorgio Armani (1934-2025)

Il a redessiné la silhouette moderne, transformé le costume en langage de pouvoir doux, et bâti une maison devenue empire sans jamais renoncer à l’idée de maîtrise. La mort de Giorgio Armani, en 2025, a résonné comme la fin d’une génération de créateurs qui étaient à la fois artistes, patrons et stratèges. Son héritage dépasse la mode : il touche au cinéma, à l’image, à la manière dont le monde s’habille pour se raconter.

Robert Redford (1936-2025)

Acteur, réalisateur, producteur, mais surtout architecte d’un certain cinéma américain, Robert Redford aura incarné une idée rare : celle d’une star qui utilise sa lumière pour élargir le cadre, soutenir les auteurs, protéger les films fragiles, et faire exister une autre industrie. Sa disparition, à l’automne 2025, a réveillé une nostalgie active, celle d’un Hollywood où l’élégance pouvait aller de pair avec la conscience.

D’Angelo (1974-2025)

Il n’était pas seulement une voix, mais un son, une manière de ralentir le monde pour lui redonner du relief. D’Angelo a marqué la soul et le R&B par une exigence musicale presque obsessionnelle, une sensualité sans caricature, et une influence immense sur toute une génération d’artistes. Sa mort en 2025 a bouleversé la scène musicale mondiale, parce qu’elle ferme la parenthèse d’un créateur rare, qui parlait peu mais dont chaque retour faisait événement.


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