2025-2026 : Une campagne agricole sous haute vigilance pour protéger les récoltes
La nouvelle campagne agricole s’ouvre dans un climat d’alerte, où chaque décision compte face à une saison marquée par la variabilité climatique et par l’urgence de sécuriser la production nationale. Le lancement officiel depuis la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, sous des pluies qui ont redonné espoir aux agriculteurs, marque l’entrée du Maroc dans une phase de vigilance renforcée. Les annonces dévoilées par le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, traduisent une mobilisation sans précédent pour stabiliser les rendements, protéger les revenus ruraux et préserver les équilibres de la souveraineté alimentaire.
LA VÉRITÉ
L’État a choisi d’agir dès les premières semaines du semis en concentrant ses efforts sur la relance céréalière, la modernisation des pratiques et le soutien aux filières les plus fragilisées. Le programme national d’irrigation de complément poursuit ainsi son extension, avec l’objectif d’atteindre un million d’hectares d’ici 2030. Ce levier devient l’un des outils essentiels pour garantir la réussite des semis dans un pays où les pluies ne suffisent plus à assurer un cycle végétatif complet. En stabilisant les sols et en améliorant les rendements, l’irrigation de complément s’impose désormais comme un pilier stratégique de la sécurité alimentaire, capable d’amortir les années sèches et d’équilibrer l’offre sur le marché interne.
L’assurance agricole multirisque climatique franchit également un cap. En couvrant près d’un million d’hectares de céréales, de légumineuses, d’oléagineux et en intégrant désormais la filière arboricole, ce mécanisme élargit sa portée et devient un véritable bouclier contre les aléas. Les exploitations disposent pour la première fois d’un filet de sécurité élargi, permettant de maintenir les investissements et de planifier les saisons futures sans craindre une perte totale en cas de choc climatique. Ce dispositif renforce le tissu agricole national dans un contexte où l’imprévisible est devenu la règle.
Le marché des semences constitue un autre front d’action. Un volume exceptionnel de 1,5 million de quintaux de semences certifiées est mis à disposition, dont 1,2 million fournis par la Sonacos. Le maintien des prix subventionnés assure aux agriculteurs un accès élargi à des variétés sélectionnées, mieux adaptées au changement climatique et plus performantes sur les rendements. La préservation de la prime de stockage, étendue à de nouvelles espèces comme la féverole, la vesce ou les pois fourragers, conforte l’ensemble de la filière semencière. Le réseau de distribution est renforcé pour éviter les ruptures, stabiliser les prix et assurer une disponibilité homogène sur l’ensemble des régions agricoles du Royaume.
Le semis direct, présenté depuis trois ans comme l’une des révolutions techniques de Génération Green, entre dans une nouvelle phase d’accélération. Cette campagne couvre 400 600 hectares, avec une trajectoire clairement fixée vers un million d’hectares à l’horizon 2030. Le ministère intensifie les actions de terrain, distribue 235 nouveaux semoirs aux coopératives et renforce la formation des agriculteurs. Le semis direct améliore la santé des sols, réduit les coûts de production, augmente l’efficience hydrique et limite les risques de perte en cas de sécheresse prolongée. Son élargissement progressif pourrait, à terme, remodeler le visage de l’agriculture céréalière au Maroc.
L’approvisionnement en engrais phosphatés atteint 650 000 tonnes, avec des prix maintenus au niveau de l’année précédente malgré la volatilité des marchés internationaux. Les analyses de sol, d’eau et de plantes continuent d’être subventionnées afin d’encourager une fertilisation plus rationnelle et de réduire les déséquilibres nutritifs. Cette approche scientifique répond à une exigence nouvelle : mieux connaître les sols pour mieux produire et réduire la dépendance aux intrants importés.
Le gouvernement place également la reconstitution du cheptel national au cœur de cette campagne. Après plusieurs années de sécheresse, les pertes ont fragilisé les éleveurs et mis en tension les filières viande et lait. Une enveloppe de 12,8 milliards de dirhams, engagée sur la période 2025-2026, finance un ensemble de mesures structurantes. Les éleveurs bénéficient d’un soutien direct pour l’achat d’aliments du bétail et pour la préservation des femelles reproductrices ovines et caprines. Le partenariat avec le Crédit Agricole du Maroc permet un rééchelonnement des dettes et allège les charges financières des exploitants les plus touchés. Les campagnes de vaccination sont renforcées pour prévenir les maladies du cheptel et l’encadrement technique s’intensifie pour accompagner la modernisation des élevages. Le versement de la première tranche de l’aide, couvrant à la fois l’alimentation animale et la prime de préservation du cheptel, marque le début d’une opération de redressement indispensable à l’équilibre du monde rural.
La campagne agricole 2025-2026 se distingue par son ampleur et par la cohérence de son dispositif. Le Maroc adopte une approche plus agile, plus sécurisée et plus anticipative. Chaque mesure répond à un besoin concret, qu’il s’agisse de stabiliser les semis, de protéger les revenus, d’améliorer les sols, de renforcer la résilience ou de soutenir les éleveurs. Le pays entre dans une phase où chaque saison doit consolider la suivante et où l’urgence climatique impose une gouvernance plus rigoureuse. Cette campagne incarne ainsi un choix clair : préparer un modèle agricole plus résistant, plus productif et mieux protégé face aux chocs qui s’annoncent.
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